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Mohed Altrad, CEO

 

 

LE MOT DU PRESIDENT

L'entreprise est une construction humaine, faite par des hommes et pour des hommes.

 

Les lois du marché ont leurs contraintes et ce serait bien naïf de vouloir les ignorer. Mais à vouloir n’envisager qu’elles, on finit par oublier que l’Entreprise est une construction humaine, faite par des hommes et pour des hommes.

Or, aujourd’hui, son importance dans la société lui impose de nouveaux défis souvent hors de portée d’une réponse exclusivement économique.

 

C’est pourquoi, dans le prolongement de mes réflexions anciennes mais toujours présentes, je voudrais insister sur la problématique de l’entreprise adulte, dans la pleine maîtrise de son développement, mais aussi dans sa confrontation à de plus en plus de complexité. A un tel stade on pourrait même se hasarder à faire un rapprochement avec l’être vivant, capable tout à la fois d’actions réflexes répétées, et d’être pris en défaut en cas d’agressions extérieures.

 

Une entreprise, dans sa forme primitive est un système d’accords entre personnes libres, une simple association, puis elle fait l’objet d’un échange formalisé autour d’une « convention d’objectif ».

Celle-ci ne peut être que générale mais l’expérience montre qu’avec l’effet de taille qui souligne la nécessaire sauvegarde du sens de la « collectivité », les parties contractantes sont amenées à largement dépasser les termes de la convention.

 

La tendance est d’aborder la solution du problème ainsi posé, en utilisant des modèles préétablis ou même par référence à des orientations de société : ou libérale, ou collectiviste….. ou autre.

 

Naturellement il peut y avoir des distorsions de priorités où celles de la vie sociale et de l’adaptation à une évolution, alternent avec celles des performances économiques et financières.

 

Ce type d’approche a pour inconvénient une opposition à peine caricaturale entre l’individu et le groupe. Dans ces conditions et à tout prendre, s’il faut un cadre de fonctionnement, celui assez souple du contrat social me parait le plus souhaitable parce que, express ou tacite, il distingue dans l’individu lui-même, une part intrinsèque irréductible et une part disponible pour l’élaboration du bien commun.

 

De plus, assez proche de la réalité, il fait œuvre pédagogique car il permet de prendre en compte la double dimension d’une entreprise : le projet commun en premier lieu, qui rassemble les volontés en les ordonnant pour répondre aux exigences de l’économie, avec ses règles, ses contraintes et son indispensable besoin de rentabilité ; en second lieu, vient la communauté d’hommes et de femmes qui la constitue. Au moins autant que le rendement celle-ci est l’une de des raisons d’être de l’entreprise, sans doute la plus attachante parce que fondamentale. Que penser en effet d’une entreprise qui bâtirait son profit au détriment de ceux qui en sont la substance ?

 

La question est peut-être simpliste si l’on estime, hâtivement, que de toutes les façons, les acteurs, à tous niveaux, sont partie prenante de ce profit. Je pense que ce n’est vrai qu’en partie car, au fond de lui-même, l’homme ne réduit pas son horizon à la recherche du gain ; il ne s’engage pas dans une entreprise à raison de cela uniquement, sauf alors à volontairement faire l’impasse sur des satisfactions personnelles qui vont caractériser sa qualité de vie.

 

Reste la manière de concilier ces « préceptes » lorsqu’on est confronté au choc vie personnelle /vie professionnelle.

Pour celui qui rejoint une entreprise déjà constituée, ordonnée et cohérente, porteuse d’un projet, sa démarche ne peut ni seulement se référer à cette ligne de pensée, ni surtout s’affranchir d’une réalité préexistante. Aussi, tout nouveau collaborateur doit-il avoir conscience d’apporter, outre son potentiel technique et intellectuel, une large part de lui-même en tant qu’individu, de ce qu’il est et de ce qu’il peut espérer au regard du projet commun qu’il a accepté. Sinon son engagement pourrait bien apparaître comme une sous-estimation délibérée de sa force de travail, ce qui serait un non-sens puisque ce projet ne vaut que par la volonté des hommes qui l’ont en charge et auxquels il s’est rallié.

 

Cette vision appelle une contrepartie car la relation s’établit sous couvert d’un double engagement, celui, naturel, concernant les éléments de la pérennité de l’entreprise comme entité économique, et celui du respect de la communauté d’hommes et de femmes pour qui elle existe, respect dû à tout être libre et responsable et en l’espèce porteur en dernier ressort des clés de son destin.